lundi 22 décembre 2014

Magic pen : Dylan Horrocks et l'amour de la bande dessinée

Magic pen
Dylan Horrocks

Casterman Sept 2014
225 p.

Dylan Horrocks est un auteur néo-zélandais connu des publics français grâce à l'Association qui a publié son cultisme "Hicksville" en 2001. (Lire ma chronique d'alors). Ce roman graphique explorait déjà avec justesse l'univers de la bande dessinée, dans une mise en abîme très poétique et documentée.
Un long hiatus a ensuite suivi cette publication chez nous,  malgré ses autres productions indépendantes : "Pickle, Atlas".. dont certains sont d'ailleurs citées au passage ici.

C'est donc avec grand plaisir qu'on retrouve l'auteur dans une traduction bienvenue de Jean Paul Jennequin.
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Sam Zabel est un auteur de comics quadragénaire, dont la vie de famille quotidienne a pris le dessus sur l'inspiration. Cet auteur n'est autre que Mr Horrocks lui-même en réalité, aux vues de certains de ses comics montrés au fil du récit. On retrouve en effet Pickle (l'embarras), récit "autobiographique", mais aussi d'autres, fictionnels, comme Lady night : la reprise d'un personnage fictif des années 50 : "La maîtresse des mystères", créée par Lou Goldman en 1952 (dixit l'auteur).
A l'occasion d'une conférence où il est invité à parler de sa carrière, il rencontre une demoiselle passionnée qui lui fait découvrir un comics de l'âge d'or, créé par un certain Evan Rice : La reine de venus. Ce comics possède une particularité cachée : il permet, lorsque l'on souffle sur un de ses pages, d'être transporté en son sein. Commence alors pour Sam un voyage initiatique, grâce au magic pen, crayon magique qui a permis de dessiner tout un tas de comics qu'il va découvrir au fur et à mesure de ses voyages fantastiques.

"Non, je ne suis pas votre créateur"
Sam sur la planète venus.

"La reine de Venus" et le "Roi de Mars" sont les premiers comics dans lesquels Sam va être projetés. Ces récits de SF peuplés d'amazones attendant leur roi est un bien agréable endroit, mais qui ne convient pas au jeune dessinateur en recherche d'inspiration et surtout de sens à sa vie.

L'apparition d'un personnage secondaire, sorte de guide, petite écolière tirée d'un manga, va lui permettre alors de se rendre dans d'autres univers, et c'est l'occasion pour Dylan Horrocks de nous faire revisiter toute l'histoire de la bande dessinée : super-héros, science-fiction, aventure, polar, manga. (Superbe chapitre hentaï (manga d'horreur) en fin de volume).., avec au passage des clins d’œil aux anciens, inspiration et repères dans cette longue tradition de dessinateurs de récits souvent oubliés.

Manga vous avez dit ?


Un des comics ayant marqué" l'auteur !?
On notera à cet effet, et au delà des hommage aux comics, le clin d'oeil à Hergé et Tintin avec la case où l'on voit l'auteur lisant un album du reporter belge à ses filles. Quant à l'Amérique, si Evan Rice semble être un auteur oublié, il n'est que le continuateur d'un certain Joe Curtis, auteur fictif de la fin de la seconde guerre mondiale de "Jorna, reine de la jungle". (Un autre hommage à "Lorna jungle queen").  C'est lui qui a formé ce dessinateur, et lui offert le magic pen.

Le trait de Horrocks, est de la famille des Craig Thompson, Fredrik peeters ou Blutch, une sorte d'école "libre", indépendante et à la fois nourrie par tout ce que la bande dessinée à pu produire de plus sympathique. Leurs noir et blancs sont pétris de ligne claire et d'influence américaine.
A cet égard, les superbes dessins féminins en noir et blanc de Lorna, visibles sur une ou deux cases seulement, montrent à quel point Dylan Horrocks est à la fois un sympathique rendeur d'hommage, mais surtout un dessinateur agréable, au trait rond, dont on a envie de voir davantage de planches en noir et blanc. C'est ce qui fait regretter entre autre cette mise en couleur, ou l'indisponibilité de ses autres comics indépendants publiés en n/b, tel "Atlas".

> Quoi qu'il en soit, Magic pen est un roman graphique agréable, ludique, plein de clins d’œil, qui donne envie d'aller découvrir les hommages rendus.
La mise en abîme pourra rebuter les moins avertis, mais l'album est conseillé à tous les publics.


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